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Histoire

Le lac des Étoiles

Le lac des Étoiles
Photo prise dans le documentaire de Co-Production
Société Radio-Canada et Imagem Société Audio-Visuelle inc.

Le lac des Étoiles

L'île Canard-Blanc fait trois kilomètres de longueur. Là n'est pas sa particularité. Dans la partie nord de l'île, une météorite aurait percuté la montagne. Son cratère porte un lac qu'un poète nomma lac des Étoiles. À vol d'avion, on disait y distinguer le contour d'une étoile, mais certains randonneurs seraient tentés de l'appeler lac aux tortues puisqu'elles sont nombreuses à le fréquenter.

Pour s'y rendre, si vous êtes en bateau, il faut repérer, sur le versant est de l'île, l'embouchure du ruisseau camouflée par la végétation riveraine. Un sentier battu côtoie le ruisseau, vous conduit à la source. Une fois à terre, un sous-bois de fougères luxuriantes, parmi un éboulement de roches couvertes de mousses, entouré d'arbres géants, prend tous vos yeux, fait de vous un petit humain. […] Le poète donna au sentier le nom de sentier de l'Aube.

Ce poète s'appelle Robert Choquette. Vous souvenez-vous de La pension Velder ? […] Robert Choquette logeait à l'Auberge du Canard Blanc de son ami Raoul Gadbois. Ce dernier avait fait construire, sur un monticule, un pavillon à proximité de la décharge du lac des Étoiles. L'eau s'écoulait dans un lit à travers la sagittaire, cette plante qu'on appelle familièrement la flèche d'eau. Une forêt propice au recueillement, touchée par le vol des jaseurs de cèdres et par le reflet des arbres dans le ciel bleu, y régnait.

Raoul Gadbois proposait à sa clientèle une randonnée de dix kilomètres en yatch confortable qui partait de l'auberge, à heures fixes, pour visiter la pierre du Grand Manitou et l'île Canard-Blanc. Il avait l'habitude du grand monde. Des personnalités en vue, les comédiens de La famille Plouffe, par exemple, retenaient une pension à l'auberge, dansaient le soir, à la terrasse devant le lac, sur des musiques d'après-guerre. C'était le rendez-vous « fashionable » du lac Simon.

Jean-Guy Paquin, extraits du livre Le pays de Canard Blanc, Écrits des Hautes-Terres, Montpellier, 271 pages, 2004. © Écrits des Hautes-Terres et Jean-Guy Paquin.

Lac des Étoiles
Photo prise dans le documentaire de Co-Production Société Radio-Canada
et Imagem Société Audio-Visuelle inc.

Le rocher Manitou

Le rocher Manitou, situé sur la rive ouest du lac Simon, est perpendiculaire à l'îlot rocheux au nord de l'île Canard-Blanc. Un mur d'une seule pierre légèrement inclinée vers l'intérieur, orientée au soleil du matin, plonge dans l'eau. Des promeneurs, qui s'y aventurent, arrosent le rocher dans le but de déceler la forme visible du Manitou, la tête d'un chef Indien. […]

Les premières lumières de l'écriture vivent dans les peintures des cavernes, les animaux représentés illustrent des récits, des croyances en relation avec des êtres mythiques ou spirituels. Dans le cas des peintures rupestres du Bouclier canadien, il s'agit d'une exécution sur le flanc d'une paroi, souvent en bordure d'un cours d'eau. Les Algonquins saluaient le rocher Manitou à partir de leur canot. L'un d'eux invoquait l'ancêtre Nenabojo où des animaux fabuleux prenaient part aux récits du déluge universel. Les colons furent témoins des rituels des familles qui empruntaient le lac Simon pour se rendre sur leurs territoires de chasse. Raoul Gadbois reproduisit, dans le Livre vert, des propos que Catherine Canard Blanc eut avec Michelle Tisseyre, lors d'une entrevue à la télévision de Radio-Canada : « Les Indiens venaient de Lorette, de Caughnawaga, d'Oka, pour saluer le Grand Manitou, surtout pour les grandes fêtes de la chasse durant l'été des Indiens. Nos parents nous défendaient d'approcher de la pierre, car le Grand Manitou n'aimait pas les provocations. Cette fameuse pierre, que les Indiens vénéraient comme un dieu, c'était le dieu de la guerre… et des gravures rouges réapparaissent lorsqu'on y jette de l'eau. » […]

L'Homme-Lièvre apparaît sur une falaise en Haute-Côte-Nord, au lac Mazinaw dans le parc Bon Echo, au lac Abamatagwia, à Peterborough.

Authentifié par des chercheurs de l'Université du Québec à Montréal et de l'Université Laval, à Québec, le rocher Manitou serait la plus importante manifestation archéologique de l'art rupestre de la Petite-Nation. Peu de sites rupestres ont été inventoriés au Québec comparativement à l'Ontario où on en dénombre plus de 500. Il en existe deux en Outaouais, le rocher de l'Oiseau, en amont de l'île aux Allumettes sur la rive québécoise, et le rocher Manitou. Les historiens de l'art rupestre n'ont pas, à ce jour, daté les peintures mais s'entendent pour les attribuer à la culture algonquienne.

Jean-Guy Paquin, extraits du livre Le pays de Canard Blanc, Écrits des Hautes-Terres, Montpellier, 271 pages, 2004. © Écrits des Hautes-Terres et Jean-Guy Paquin.

Le lac à Simon Kanawato

Le premier Simon, celui qui a donné son nom au lac, s'appelait Simon Kanawato. Il fut baptisé enfant inconnu à 11 ans, le 23 juillet 1808 à Oka, du nom de Simon. Charles Ganawato ou Kanawato, un Iroquois d'Oka qui l'avait amené de Grand Portage, l'adopta. De la nation des Cris, il avait été iroquoisé sous le nom de Simon Taniharons. À la mission, on refusa de le marier à la femme qu'il avait choisie et avec qui il avait déjà plusieurs enfants. Simon Kanawato et sa famille furent chassés du village iroquois. Ils habitèrent sur l'île Canard-Blanc après cette date, vers 1820. […]

Simon Kanawato et « l'Outaoise »  Marie Anne Otajawadjiwanokwe vivaient ensemble depuis 20 ans lorsque Monseigneur Ignace Bourget les dispensa du second degré d'affinité. Ils s'épousèrent le 23 juillet 1838 à Oka. Ce jour-là, il y eut deux autres mariages. Leur fils Benjamin dit Matchikiwis, matchikiwis veut dire fils aîné, épousa Marie-Louise Kiwandawekwe, la fille de Catherine Wasseiabanokwe  et de Jacques Kije-Mite dit Commandant de la nation des Nipissingues. Ces derniers marièrent aussi leur fils Simon Wabiginis à Charlotte Pajitakwatamokwe, la fille d'André Pekasiketch ou Pecacasiquèche et d'Élizabeth Pinessiwabanokwe. Ceux-là étaient les grands-parents d'Amable Canard Blanc. Ainsi s'est nouée les Simon, Commandant, Canard Blanc, qui chassaient sur leurs terres dites des Algonquins de la Petite-Nation.

Simon Kanawato dit Blanc se dira Simon Leblanc. Benjamin, le fils à Simon, deviendra par assimilation Benjamin Simon. […]

Simon Kanawato décéda le 11 juillet et fut inhumé le 14 juillet 1874 dans le premier cimetière de Hartwell, près de l'ancienne chapelle qui domine le lac Simon. […]

Le lac Simon servait au flottage et à la drive. Les billots étaient destinés aux scieries de Hull. Un petit vapeur les engageait dans la Petite-Nation à la chute du lac Barrière. La forêt reculait, la vie nomade s'éteignait. Vingt-cinq Algonquins résidaient dans Hartwell en 1885.

« La forêt cessa d'être à eux seuls. […] Des maisons de troncs de cèdres lavés de chaux surgirent. D'autres canots que les leurs sillonnèrent leur grand lac. Ils se virent […] en vingt ans, environnés par leurs frères les Visages Pâles. » (Albert Ferland )

Jean-Guy Paquin, extraits du livre Le pays de Canard Blanc, Écrits des Hautes-Terres, Montpellier, 271 pages, 2004. © Écrits des Hautes-Terres et Jean-Guy Paquin.

Amable Canard Blanc

Wabishib ou Amable Canard Blanc naquit le 28 décembre 1834 « dans les terres de chasse des Algonquins » et fut baptisé Amable Pekakasiketch, à Oka, le 8 juin 1835. Ses parents étaient Nipissingues. Sa mère était la fille de Mathias Chabakawatch et d'Élisabeth Okitchitchiwanokwe. Son père était le fils d'André Pekasiketch et d'Élisabeth Wasekijikokwe. Mariés en 1818, Joseph

Pekakasiketch et Cécile Panosinokwe vivaient au village d'Oka et eurent dix enfants ensemble. Au printemps, ils revenaient de leur terre de chasse à Oka, à la mission dite mission des Sauvages, où les familles renouaient entre elles. Pierre-Mathias, le frère d'Amable, fut recensé à Arnprior en 1871 sous le nom de Peter Whiteduck. Aux registres d'Oka, il apparaît sous Mathias Pekakasiketch dit Canard Blanc et Pierre-Mathias Wabichip Canard Blanc à son décès, le 26 septembre 1897.

Amable Canard Blanc s'est marié, à Oka, sous le nom d'Amable Kanaabanoketch à Louise Minawasikekwe, le 14 juillet 1857. Louise était la fille de Simon Kanawato et de Marie-Anne Otajawadjiwanokwe. Selon la tradition, le couple demeura dans la famille de l'épouse. Il s'installa dans l'île à Simon Kanawato en 1861.

Louise Simon mourut le 25 mars 1927. Elle avait vécu sa vie sur l'île mais personne ne peut dire si ce fut jusqu'au moment de son dernier souffle. Amable Canard Blanc, vers la fin de sa vie, demeurait au village de Chénéville chez sa fille Asilda et son gendre François d'Assise Pilon.

Leurs enfants se dispersèrent, certains en Ontario. Joseph fut enterré sur la réserve de Whitefish Lake à Naughton, près de Sudbury. Olivine mourut à Sainte-Sophie dans le comté de Terrebonne et Marie-Louise décéda à Montréal. Elles furent toutes deux inhumées à Chénéville. Asilda, Catherine, Angèle, cette dernière cousait, résidaient au village de Chénéville. Jean-Baptiste demeurait à la Pointe-à-Baptiste au lac Gagnon, à Duhamel, ainsi que son frère Hyacinthe. Ce dernier fabriquait des canots d'écorce miniatures qu'il écoulait, à son kiosque de Chénéville, au temps des courses sous harnais. Très populaires dans les années 1950, les chevaux couraient dans le secteur du parc Urbain-Chéné.

Il sera le dernier de l'île. Hyacinthe était en résidence à Ripon quand il a rendu l'âme à 96 ans, en 1972. Son père Amable avait quitté ce monde le 19 septembre 1931, à 97 ans.

Jean-Guy Paquin, extraits du livre Le pays de Canard Blanc, Écrits des Hautes-Terres, Montpellier, 271 pages, 2004. © Écrits des Hautes-Terres et Jean-Guy Paquin.

 

Amable Canard Blanc et Marie-Louise Simon
Amable Canard Blanc et Marie-Louise Simon
Photo prise dans le documentaire de Co-Production
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Les premiers colons se fixèrent sur le bord du lac Simon vers 1852. Ils s'y installèrent pour l'agriculture et l'industrie du bois, dont la drave.

Premiers colons
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